Côte anglaise en tricot : comment la réaliser, variantes et erreurs à éviter

La côte anglaise en tricot est un point à double épaisseur, très élastique et moelleux, formé par des mailles doubles obtenues grâce à des jetés et des mailles glissées. Elle donne un rendu gonflant, réversible et symétrique, parfait pour les écharpes, les snoods, les bonnets et les bordures. En résumé : on monte un nombre pair de mailles, on alterne jeté-glissé et maille endroit (ou envers) sur chaque rang, et on obtient l’une des textures les plus douces et des plus appréciées du tricot. Cet article explique la technique pas à pas, ses variantes et les erreurs les plus fréquentes à éviter.
Ce qui distingue la côte anglaise des autres points élastiques
Les côtes classiques (2/2 ou 1/1) alternent simplement mailles endroit et mailles envers sur des rangs symétriques. La côte anglaise fonctionne différemment : chaque maille est travaillée sur deux rangs consécutifs, ce qui crée une maille double épaisse et volumineuse.
Cette double construction produit plusieurs effets caractéristiques. Le tissu est nettement plus épais qu’une côte classique, avec un côté gonflant et rebondi qui rappelle la côte d’un pull de marin anglais — d’où son nom. Il est entièrement réversible : les deux faces sont identiques, ce qui en fait un point idéal pour les pièces vues des deux côtés (écharpe tricot, snood, plaid).
La côte anglaise consomme aussi nettement plus de laine qu’un point classique. Comptez environ 30 à 40 % de fil supplémentaire par rapport à une côte 2/2 de même largeur et longueur. À intégrer dans le calcul de pelotes avant de commencer.
La technique de base : rang par rang
La côte anglaise se construit sur un montage pair. Le mécanisme repose sur deux gestes répétés : le jeté avant glissement et la maille double travaillée au rang suivant.
Montage : montez un nombre pair de mailles. Pour un début confortable, 20 à 24 mailles permettent de voir clairement la progression du point.
Rang de mise en place (rang 1) : *jeté, glissez 1 maille à l’envers (sans la tricoter), tricotez 1 maille endroit* ; répétez de * à * jusqu’à la fin du rang.
Rang 2 et tous les rangs suivants : *jeté, glissez 1 maille à l’envers, tricotez ensemble la maille suivante avec son jeté du rang précédent à l’endroit* ; répétez jusqu’à la fin.
Le jeté forme avec la maille glissée une maille double. Au rang suivant, cette maille double est travaillée ensemble — c’est ce qui crée l’épaisseur et le gonflement caractéristiques des côtes anglaises.
Point clé : la maille glissée se glisse toujours à l’envers (comme pour tricoter à l’envers), fil devant. Si elle est glissée à l’endroit, le croisement change et le point perd sa structure.
Jeté, maille glissée, maille double : comprendre le mécanisme
Trois éléments sont au cœur du point :
Le jeté (ou mise en avant du fil) est passé avant de glisser la maille. Il forme un arc de fil sur l’endroit de l’ouvrage. Ce jeté ne compte pas comme une maille supplémentaire dans le sens traditionnel : il sera absorbé au rang suivant en étant tricoté avec la maille qu’il surmonte.
La maille glissée passe d’une aiguille à l’autre sans être tricotée. Elle attend au rang suivant d’être travaillée ensemble avec son jeté.
La maille double est le résultat : une maille glissée surmontée d’un jeté, travaillées ensemble à l’endroit. Elle est plus épaisse, plus haute et plus élastique qu’une maille simple. C’est elle qui donne à la côte anglaise son relief et son gonflant.
Le point brioche : la version à l’endroit et à l’envers ✨
Le point brioche est souvent présenté comme synonyme de la côte anglaise, et les deux partagent effectivement le même principe de mailles doubles. Mais le point brioche se décline en version bicolore et en version à deux rangs séparés (un rang endroit, un rang envers sur les deux faces), ce qui lui donne des possibilités décoratives que la côte anglaise classique n’a pas.
En pratique, pour un débutant : côte anglaise et point brioche sont interchangeables dans la plupart des projets simples (écharpe, snood, bonnet). La différence devient significative sur des projets structurés ou bicolores.
La fausse côte anglaise : plus simple, résultat similaire
La fausse côte anglaise est une alternative très répandue pour les tricoteurs débutants ou ceux qui veulent un rendu approchant sans la complexité des jetés et des mailles glissées.
Elle se tricote sur un nombre de mailles multiple de 2 :
- Rang 1 : *1 maille endroit, 1 maille envers* — répétez.
- Rang 2 : *1 maille endroit (en piquant dans le brin arrière uniquement), 1 maille envers* — répétez.
Le fait de tricoter la maille endroit dans le brin arrière crée un léger croisement qui donne plus d’épaisseur et de texture que la côte 1/1 classique, sans atteindre le gonflement de la vraie côte anglaise. C’est un bon compromis pour les bordures de pulls, les manchettes ou les cols.
| Point | Difficulté | Élasticité | Épaisseur | Meilleur usage |
|---|---|---|---|---|
| Côte 1/1 | Facile | Moyenne | Fine | Bordures légères |
| Fausse côte anglaise | Facile | Bonne | Moyenne | Bordures, cols, manchettes |
| Côte anglaise | Intermédiaire | Très haute | Épaisse | Écharpe, snood, bonnet |
| Point brioche bicolore | Avancé | Très haute | Épaisse | Projets décoratifs |
Usages : quels projets pour la côte anglaise ?
La côte anglaise excelle dans les projets qui bénéficient de son élasticité, de son volume et de sa réversibilité.
L’écharpe tricot est le projet d’initiation par excellence. Montez 20 à 30 mailles selon la largeur souhaitée, tricotez en côte anglaise jusqu’à la longueur voulue. Aucune mise en forme, aucune finition complexe : le point se suffit à lui-même.
Le snood (écharpe circulaire) utilise la même logique, tricoté en rond sur des aiguilles circulaires. Attention : en tricot circulaire, la technique des rangs aller-retour ne s’applique plus directement — il faut adapter en alternant un rang de mailles doubles endroit et un rang de mailles doubles envers pour maintenir le relief symétrique.
Le bonnet bénéficie de l’élasticité de la côte anglaise pour bien s’ajuster à la tête sans brides ni coutures marquées. Il se tricote généralement sur aiguilles circulaires ou sur double-pointe, avec une diminution progressive en couronne.
Les bordures tricot de pulls, cardigans et vestes intègrent fréquemment la fausse côte anglaise (plus stable) pour les poignets, les cols roulés et les bandes de boutonnage.
Tension et calibrage : ne pas négliger l’échantillon
La côte anglaise est sensible à la tension de tricot. Une tension trop serrée réduit l’élasticité et comprime les mailles doubles ; une tension trop lâche produit un tissu mou qui ne tient pas sa forme.
Avant tout projet, tricotez un échantillon de 20 mailles sur 10 cm minimum. Mesurez après blocage léger (humidification et séchage à plat). La côte anglaise se rétracte souvent plus à la largeur qu’un point jersey : prévoyez une marge et ajustez le nombre de mailles en conséquence.
Le choix de l’aiguille joue aussi : une aiguille d’un demi-numéro à un numéro au-dessus de celui recommandé sur l’étiquette de la laine donne souvent un meilleur rendu en côte anglaise, le tissu respirant mieux et conservant son gonflement.
Les erreurs fréquentes en côte anglaise et comment les corriger
Oublier le jeté avant de glisser la maille. C’est l’erreur la plus courante. Sans jeté, la maille suivante ne forme pas de double — le point perd sa structure et le rang devient irrégulier. Si vous réalisez l’erreur au rang suivant, il faut défaire jusqu’au point manquant et recommencer.
Glisser la maille à l’endroit au lieu de l’envers. Le croisement qui en résulte tord la maille et déséquilibre le point. Vérifiez que le fil est toujours devant et que l’aiguille entre dans la maille comme pour tricoter à l’envers.
Tricoter la maille double en ne prenant qu’un seul brin. Il faut absolument tricoter ensemble les deux brins de la maille double (la maille glissée et son jeté). Tricoter sur un seul brin produit des trous et casse le rythme du point.
Sous-estimer la consommation de laine. Un projet en côte anglaise prévu pour 3 pelotes en côte classique en consommera 4 à 5. Achetez toujours un lot du même coloris dye lot pour éviter les différences de teinte entre pelotes.
Côte anglaise : un point polyvalent qui récompense la régularité
La côte anglaise demande un peu de concentration au départ — comprendre le rôle du jeté et de la maille glissée prend quelques rangs — mais elle devient très vite automatique. Sa texture généreuse, son élasticité et son rendu réversible en font un point de référence pour quiconque tricote régulièrement des accessoires chauds.
